J’aime le jeu, l’amour, les livres, la musique, La ville et la campagne, enfin tout, Il n’est rien qui ne me soit souverain bien, Jusqu’au sombre plaisir d’un cœur mélancolique. Jean de La Fontaine
Il semblait que contrairement à l'Argentine où la période atroce de la dictature des colonels (1976-1983) a donné lieu à de multiples procès et condamnations de militaires ("Ni oubli ni pardon" peut-on lire sur les murs, comme ici dans le quartier de la Boca à Buenos Aires),
au Chili, le travail de mémoire ait été plus lent, plus difficile. D'une part, certaines personnes contestent le caractère sanglant de la dictature de Pinochet, en s'appuyant sur les chiffres des disparus, comparés à ceux qu'on évoque pour l'Argentine (40 000, contre "seulement" 4000 au Chili), d'autre part, l'héritage politique du général assassin de Allende n'est pas renié en bloc aujourd'hui encore, y compris par le personnel politique de droite. On l'a bien entendu lors des dernières élections présidentielles.
Or, il semblerait que cela bouge doucement sur ce front.
En septembre, on apprenait que les assassins de Victor Jara étaient recherchés par la justice chilienne.
Il est devenu le symbole des crimes terrifiants commis au Chili par
les putschistes du général Augusto Pinochet : Victor Jara, chanteur
populaire et compositeur, célèbre au-delà de l’Amérique latine, a été
tué, à 40 ans, à Santiago, cinq jours après le coup d’Etat contre le
socialiste Salvador Allende, le 16 septembre 1973. L’icône de « la nouvelle chanson chilienne »
était un artiste engagé, membre du Parti communiste chilien, qui
puisait son inspiration dans la vie quotidienne du petit peuple. Il fut
fusillé d’une rafale de mitraillette dans le stade de Santiago,
transformé en camp de détention et de torture. L’autopsie a montré plus
de 44 impacts de balles. Avant de le tuer, on lui écrasa les doigts à
coups de crosse et on lui coupa les mains. « Joue de la guitare maintenant », lui ont lancé ses bourreaux.
Les jours derniers, on apprenait que d'anciens responsables de la dictature, y compris des proches de Pinochet étaient arrêtés pour faits de torture et de meurtres.
Mémorial pour les disparus de la dictature de Pinochet (1973 - 1990), Santiago. Cristian Labbé, ancien maire de Santiago et ex-ministre et garde du corps d'Augusto Pinochet, a été arrêté, lundi 20 octobre, avec neuf autres anciens officiers chiliens. La justice chilienne l'accuse d'avoir fait partie d'une organistion illégale composée de policiers de militaires et de civils, coupables d'avoir torturé et tué treize opposants durant la dictature. "Nous sommes très choqués, car après enquête, il a été prouvé qu'il n'a jamais torturé personne, et il n'a pas commis de meurtre ", a affirmé l'avocat de Labbé, Cristian Espejo, qui a indiqué à une chaîne locale qu'il comptait demander sa mise en liberté. Les crimes ont été commis après le coup d'Etat du 11
septembre 1973 dans une caserne de San Antonio, à quelque 120 km à
l'ouest de Santiago, selon l'enquête judiciaire. La caserne Tejas Verdes
de San Antonio était un centre de détention et de torture redouté, où étaient formés les agents de la DINA, la police
secrète de la dictature, et où selon les témoignages recueillis par une
commission officielle, les détenus étaient frappés, torturés à
l'électricité, brûlés ou soumis à des simulacres d'exécution. 3 200 MORTS ET 38 000 DÉTENUS TORTURÉS Après avoir
pris sa retraite de colonel et été ministre sous la dictature, Cristian
Labbé, membre de l'aile droite de l'Union démocratique indépendante (UDI),
a été maire pendant seize ans du quartier de Providencia dans la
capitale, jusqu'en 2012. Il est connu comme un ardent partisan du
dictateur Augusto Pinochet (1973-1990) dont il a été un temps garde du
corps. La répression exercée par la dictature de Pinochet a fait
plus de 3 200 morts et plus de 38 000 détenus ont été torturés, selon
des chiffres officiels. Le général Pinochet est décédé en 2006, sans
jamais avoir été jugé. Début septembre, au moins 3 000 personnes avaient manifesté pour demander au gouvernement la fin de l'impunité pour les responsables de la répression durant la dictature militaire.
Même source.
Cette question mémorielle est un des symptômes d'une société chilienne en mutation.
On sent des aspirations nouvelles, des choses impensables il y a quelques années, sans doute liées au dynamisme économique. Les étudiants manifestent pour le droit aux études gratuites, le conservatisme religieux est ébranlé (coming out d'homosexuels), la société civile par le biais des syndicats réclame une réforme du droit du travail...
Le petit village où je suis descendu du bus, un soir, à la nuit tombée, c'est Villa Muele. Je n'avais bien sûr rien prévu comme hébergement. Rapidement, j'ai rencontré une vieille femme qui m'a indiqué sa maison de bois. Il y avait quelques tentes plantées autour, dans le jardin...
Le premier matin, il bruinait. Je me suis baladé sur la plage.
Rapidement apparaissent les urubus à tête rouge...
Je ne le savais pas, mais la plage où je marchais était le côté océanique d'un cordon lagunaire...
et du côté lagune, il y avait quelques aménagements touristiques...
Stand de tir. Pour tirer un coup, vous voudrez bien attendre que la patronne revienne...
Le lendemain, j'ai marché en contournant la lagune, c'est là que je fus épaté à la vue de mes premiers "bandurrias" (ibis à tête noire). Je ne pouvais pas savoir qu'ils m'accompagneraient partout, et seraient en particulier familiers dans le paysage de la ferme de Patagonie, à la fin du voyage...
De l'autre côté, vers le sud, on trouve le lac Budi, avec un joli village aux maisons de bois colorées.
Sur la plage de galets, un couple de vieux mapuches proposaient des balades à cheval.
Le vent doit être têtu ici...
Le même urubu, qui montre des plumes blanches en vol...
Le dernier soir, j'ai gravi la falaise pour voir le soleil se coucher...