J’aime le jeu, l’amour, les livres, la musique, La ville et la campagne, enfin tout, Il n’est rien qui ne me soit souverain bien, Jusqu’au sombre plaisir d’un cœur mélancolique. Jean de La Fontaine
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mardi 24 février 2015

L'arabe du futur, de Riad Sattouf

Une excellente biographie en BD. L'auteur y décrit son enfance, entre la Libye où son père enseigna à l'université, la Syrie, où vit sa famille paternelle, et des parenthèses bretonnes, car sa mère est française. Un récit étonnant, qui a reçu  le Fauve d'or à Angoulême. Il y a de l'ironie dans le titre car "l'arabe du futur", c'est une expression de son père qui rêve d'un monde arabe nouveau, mais sur la base de principes démocratiques et humanistes discutables...


























samedi 6 décembre 2014

Clemenceau de Michel Winock

Une biographie surtout politique (Winock est un spécialiste du XIXème), mais qui présente également le personnage dans sa vie quotidienne et ses dimensions psychologiques. Lecture facile d'accès, et passionnante. Il faut dire que le personnage est fascinant. Bourgeois vendéen atypique par ses convictions progressistes, il est intransigeant, incorruptible et d'un courage remarquable, il a peu changé politiquement au cours de sa vie, gardant une ligne républicaine, anticléricale, anticolonialiste (à une époque où très peu le sont), il fut aussi dreyfusard de la première heure.
Il ne laisse personne indifférent. Ce qui fait réagir ses interlocuteurs ou auditeurs, (notamment à l'assemblée nationale), c'est son ironie mordante et sa capacité de répondre du tac-au-tac aux gens qui l'interrompent dans ses discours, avec un à-propos et une capacité à les tourner en ridicule incroyables. Ce qui fait qu'il avait beaucoup d'ennemis...
A ce propos, la citation
"Ne craignez jamais de vous faire des ennemis; si vous n'en avez pas, c'est que vous n'avez rien fait."
définit assez bien son personnage.
Pendant la guerre de 14-18, il doit faire face aux socialistes pacifistes sur sa gauche et à tous les conservateurs qui ne lui pardonnent pas la séparation de l'Eglise et de l'Etat (1905), sa lutte contre le colonialisme et toutes les avancées sociales qu'il a soutenues ou mises en oeuvre. Sa ténacité fut déterminante, l'état-major allemand le considérant, comme leur vrai vainqueur. Il impressionna favorablement le monde pendant la grande guerre, en allant soutenir les poilus jusque dans les tranchées, au milieu des obus qui pleuvaient.
Son intransigeance, le respect absolu de la Loi et de l'ordre le conduisent à faire réprimer des manifestations pendant l'année où il occupe le ministère de l'Intérieur (1906). Il y a des morts, c'est une ombre dans son parcours, même s'il semble pourtant qu'il ait été modéré dans la gestion de ces temps de crise, par rapport aux pratiques de l'époque (il n'a pas utilisé la force publique de façon préventive, comme c'était l'usage).
Autre revers de la médaille, son comportement envers la mère de ses enfants, d'origine américaine, surprise avec un amant et renvoyée illico, seule aux US. Il était mal placé pour lui reprocher de folâtrer, on lui prête des centaines de maîtresses au cours de sa vie. Il eut là le comportement d'un bourgeois ordinaire de l'époque.
C'est aussi un homme d'esprit. Ses bons mots sont restés célèbres. Le plus fameux concerne Félix Faure, ce Président de la République mort en 1899 dans les bras de sa maîtresse, à l'Elysée. Clemenceau commente : "Lui qui voulait être César, il n'aura été que Pompée". Et comme il détestait Faure, il dit encore :
«Félix Faure est retourné au néant, il a dû se sentir chez lui». C'était une teigne...
En février 1913, Clemenceau soutient Jules Pams à l'élection à la Présidence de la République. Ministre de l'agriculture, ce radical parait malgré tout fade à Clemenceau. Il en dit :"Ce n'est pas un homme, c'est un bruit !" Et comme on lui fait remarquer qu'il n'est pas plus bête qu'un autre, Clemenceau demande :"Où est l'autre ?"
































Quelques autres citations de Clemenceau :

  • "La grande maladie de l'âme, c'est le froid"
  • "Des jeunes gens sons venus avec des idées de vieux, qui ne veulent plus de vieux avec des idées de jeunes... des actes, des actes."
  • "Ah l'Angleterre cette colonie française qui a mal tourné"
  • "L'anglais, ce n'est jamais que du français mal prononcé"
  • "Pour mes obsèques, je ne veux que le strict nécessaire, c'est-à-dire moi"
  • "La guerre ! C’est une chose trop grave pour la confier à des militaires" (1886)
  • "Il est plus facile de faire la guerre que la paix"
  • "Il suffit d'ajouter "militaire" à un mot pour lui faire perdre sa signification. Ainsi la justice militaire n'est pas la justice, la musique militaire n'est pas la musique."
  • "Ne craignez jamais de vous faire des ennemis ; si vous n'en avez pas , c'est que vous n'avez rien fait"
  • "Quand on a du caractère, il est toujours mauvais"
  • "La France est un pays extrêmement fertile : on y plante des fonctionnaires et il y pousse des impôts"
  • "Un escalier de ministère est un endroit où des gens qui arrivent en retard croisent des gens qui partent en avance"
  • "Les fonctionnaires sont les meilleurs maris : quand ils rentrent le soir à la maison, ils ne sont pas fatigués et ont déjà lu le journal"
  • "Il faut d'abord savoir ce que l'on veut,
    il faut ensuite avoir le courage de le dire, il faut ensuite l'énergie de le faire"
  • "L'homme absurde est celui qui ne change jamais"
  • "Une dictature est un pays dans lequel on a pas besoin de passer toute une nuit devant son poste pour apprendre le résultat des élections"
  • "Un traître est celui qui quitte son parti pour s'inscrire à un autre ; et un converti, celui qui quitte cet autre pour s'inscrire au vôtre"
  • "Les polytechniciens savent tout, mais rien d'autre" 
  •  "Donnez-moi quarante trous du cul et je vous fais une Académie française"




mardi 18 novembre 2014

Il est un reclus dans les Pyrénées, dont le nom, Alexandre Grothendieck,

n'est connu de personne, hors du cercle resserré de quelques chercheurs en mathématiques.

Il semble bien pourtant qu'il s'agisse d'un esprit exceptionnel...

Une petite notice biographique étonnante (cliquer sur la photo) :


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mercredi 12 novembre 2014

Il est beaucoup question de Clemenceau sans accent ces temps-ci.

Pas seulement parce qu'il était au centre des commémorations du centenaire du début de la guerre 14-18, mais aussi parce qu'il est cité par des politiques de notre époque qu'il semble encore fasciner. Valls l'a cité en exemple, on sent bien qu'il aimerait lui ressembler, le point commun de leur parcours étant d'avoir tous deux occupé le poste de ministre de l'Intérieur. Un autre point commun : ils ont tous deux fait tirer sur des manifestants (Valls en tant que Premier Ministre).

Ci-dessous, un lien vers une biographie télévisée de Clemenceau sans accent, de qualité (je peux l'asserter, étant en train de terminer la lecture de sa biographie par Michel WINOCK). Bien sûr, il faut supporter l'autre Tartuffe de Bern, devenu premier lécheur de cul des roitelets d'opérette, depuis que jacques Chancel a pris sa retraite...








Je peux déjà vous conseiller ça, mais j'en reparlerai prochainement.


 
 

samedi 4 octobre 2014

Encore deux bédébiographies recommandables

Gauguin à Tahiti.
Des aventures étonnantes, en prise avec l'histoire locale... Où l'on découvre les tendances anarchisantes; il déteste les militaires et les curés, et encourage les autochtones à l'émancipation. On est en pleine période coloniale.

 
 


GAUGUIN, loin de la route 
SCENARIO : MAXIMILIEN LE ROY
DESSIN : CHRISTOPHE GAULTIER



Et puis...



Curieusement, la couverture et l'épaisseur du bouquin (336 pages) m'attiraient peu à priori, mais je voulais voir quand même. Bonne idée. En fait, les chars sur les Champs-Elysées, c'est seulement les toutes dernières planches. Le parcours de Miguel démarre en Espagne, pendant la guerre civile. Ce destin individuel est l'occasion de suivre les pas de nombreux "anciens" de la guerre d'Espagne, qui ont été parqués dans des camps de concentration, en France, ou envoyés au bagne en Algérie (c'est le cas de Miguel) par le régime de Vichy. Les survivants qui voulaient participer à la lutte anti-fasciste ont rejoint les forces libres, face à Rommel en Tunisie, puis avec Leclerc, en Normandie après une préparation au débarquement faite en Ecosse. Une épopée.
Il y a une intention éducative nette avec des cartes qui éclairent les déplacements nombreux des hommes au cours de la guerre. J'aime les cartes.
Dans la forme, on ne peut pas ne pas penser à Davodeau, car comme dans "les mauvaises gens", on suit le dialogue en direct entre le dessinateur-enquêteur, et le vieil espagnol qu'il a réussi à retrouver au début de son enquête. Le traitement des couleurs est différencié, les rencontres avec le vieil homme sont teintées en camaïeu ocre, bleutées, ou couleur sépia, les couleurs vives étant réservées aux années de guerre évoquées.
De Paco Roca, sorti en novembre 2013.
























































Et quant à Davodeau, Olivier signale ce lien, qui permet de lire les 64 premières pages de sa bédé à venir...

dimanche 28 septembre 2014

C'est à 12 ans que Salvador Dali connut Julia Pichot.








































































































Une BD-biographie très inspirée, une sorte de réinterprétation narrative par le dessin de l'oeuvre et de la vie daliennes.






dimanche 24 août 2014

Albertine Sarrazin, une rebelle




Je l'ai découverte par un documentaire de Sandrine Dumarais (de 2004), "Le roman d'une vie", qui m'avait vraiment intéressé. Cette fille a eu un destin hors du commun comme on dit des fois. Une enfance terrible à Alger, abandonnée à la naissance, malmenée par l'assistance publique, l'adoption par une famille qui ne l'a jamais comprise. Des frasques à n'en plus finir, le vol comme un mode de vie, et la prostitution. Le fameux épisode de la belle en sautant par la fenêtre de l'infirmerie de la prison, l'astragale (un os du pied) qui casse, et blessée, faisant du stop, la rencontre avec Julien, un truand qui deviendra l'homme de sa vie.

Et l'écriture. Elle a un style perso, riche de vocabulaire et plein d'images, de métaphores, de détournements, d'inventions. C'est très inventif. Et c'est touchant car elle ne parle que de sa vie, de ce qu'elle a connu de près.

"L'astragale" est son roman le plus connu.


























Cet été, j'ai lu "la traversière", autobiographie superbe. Cela raconte comment elle vit ses dernières années, assez tristes malgré quelques moments heureux, son Julien est souvent en prison quand elle-même est libre et vice-versa...


 



Puis, j'ai trouvé sur l'internet à voir "l'astragale", adaptation de son succès de librairie, au cinéma, par Guy Casaril. Chouette film de 1969.


































Marlène Jobert y est vraiment convaincante avec son petit air mutin qui convient.

Extraits :






























Albertine Sarrazin est morte à 29 ans, d'une banale opération d'un rein. Elle a été mal soignée, dans une clinique de Montpellier. Son mari a porté plainte et obtenu la condamnation de deux médecins.


dimanche 29 juin 2014

Marie-Antoinette, de Stefan Zweig

Biographie brillante et très documentée, magnifiquement écrite bien sûr...
Ici, chaque détail de la petite histoire (le quotidien de la reine) a un lien direct avec la grande, rien n'est anodin ou plutôt tout ce qui paraît anecdotique est en fait significatif de quelque chose de lourd pour l'histoire...
J'y ai appris beaucoup, j'ignorais la supposée impuissance du roi, au début de son règne, avec toutes les conséquences diplomatiques incroyables, l'amant suédois, fidèle et courageux, les erreurs des préparatifs de la fuite en carrosse, son courage et sa dignité dans les épreuves...
Elle aura montré deux personnalités : une reine frivole et dépensière, inconsciente de ce que représentait sa fonction, et, dans le malheur, une femme résolue, habile et ferme devant l'adversité. Ce fut également une vraie mère pour ses deux enfants survivants (elle en eut 4), ce qui n'était pas la règle dans les cours européennes de l'époque. Tout près de l'issue fatale, alors qu'un dernier complot lui propose de la faire sortir du Temple sans ses enfants, elle refuse de les y abandonner.
Son éducation l'avait mal préparée à affronter les vices des sociétés de cour, qui la menèrent à adopter une attitude froide et hautaine, ce qui ne fit que renforcer la malveillance à son égard, jusqu'au sein de la famille royale. 
Un portrait qui la dépeint en victime plus qu'en coupable, mal épaulée par un mari totalement inapte à la fonction de roi.